L’appareil digestif : Comment ça fonctionne ?

2018-03-09_12.05.25.jpg
Schéma de l’appareil digestif du cheval

L’alimentation :
« La conduite de l’alimentation des équidés consiste à connaître leurs besoins, choisir les aliments et établir une ration appropriée en fonction du type d’équidé et de son activité. La prise en compte du comportement alimentaire du cheval dans les conditions de vie naturelles est importante puisqu’elle conditionne sa santé, notamment lorsqu’il vit au box. »

Les Haras Nationaux


Pour bien nourrir son cheval, il est essentiel de connaitre le fonctionnement de l’acteur majeur de la digestion : l’appareil digestif. Il faut également bien évaluer les besoins de l’animal, en fonction de son mode de vie, et de son activité.

Pour commencer, il faut savoir que le cheval est un animal herbivore monogastrique, il va donc uniquement consommer de la matière végétale et ne possède qu’un seul estomac. Dans la nature, son alimentation est fractionnée en plusieurs repas au cours de la journée et de la nuit, et représentera 15 à 16h de son activité sur 24h.
L’appareil digestif est spécialement adapté à cette alimentation en mouvement, sur une longue durée, et construite en petits repas. Il est donc essentiel de prendre en compte, lors de la conception des rations, ce mode de fonctionnement, sous peine de provoquer des problèmes de santé. La digestion des aliments commence dans la bouche, se poursuit dans l’estomac en passant par l’œsophage, puis dans l’intestin grêle, et enfin, se termine dans le gros intestin, composé du cæcum et du côlon.

LA BOUCHE

Les lèvres du cheval permettent d’effectuer le tri des aliments, et de les amener dans la cavité buccale.

Les dents du cheval, qui poussent en continue, sont adaptées à l’alimentation herbivore, et donc à la consommation des fibres végétales qui permettent leur usure. L’apport de fourrage quotidien est obligatoire pour maintenir la bonne santé des dents.
Le cheval possède 3 incisives par demi-mâchoire, ce qui lui permet d’avoir un pâturage très ras. Les prémolaires et les molaires permettent de bien mastiquer les aliments grâce à un mouvement de « meule » qui va écraser l’aliment. Dans la bouche, la nourriture est broyée, et commence à être digérée grâce aux enzymes contenues dans la salive (produite jusqu’à 40L par jour et stimulée par mastication) qui va imbiber les aliments. Les fibres, elles, sont réduites en petites particules.
Il est à noter que, à l’inverse des ruminants (herbivores polygastriques), l’aliment doit être suffisamment mâché et dégradé avant de rejoindre l’estomac qui continuera la digestion. En effet, la mâchoire est prévue pour suffisamment mastiquer les aliments, puisqu’elle effectue 3 500 mouvements pour 1kg de foin en 40 minutes. De plus, la présence insuffisante de fibres dans la ration, va induire moins de mouvements de « cisaillements », et donc provoquer le développement des surdents (moins d’usure).

Le mouvement de mastication est également lié à la sensation de satiété ressentie par le cheval. Ce qui signifie que plus il va mâcher, moins il aura la sensation d’avoir faim, et inversement. En sachant que la consommation de céréales induit 850 mouvements de mastication pour 1kg, réalisé en 10 minutes, cela implique que plus la consommation d’aliments concentrés est importante, plus le temps de mastication et d’imprégnation de la salive sera court. De ce fait, le cheval ne se sentira pas rassasié. La conséquence d’une alimentation majoritairement faite de granulés et de céréales se traduit par des troubles comportementaux chez l’animal, l’usure des dents ne sera que partielle et provoquera un inconfort, et la mastication courte (puisque pas ou peu de fibres) laissera l’estomac sans apport suffisant de salive, entraînant une mauvaise régulation de l’acidité, cause d’ulcères.

L’ŒSOPHAGE

L’œsophage est un long conduit plutôt rigide reliant la cavité buccale à l’estomac. Du fait de son étroitesse, l’œsophage peut facilement être victime d’obstruction. C’est le cas chez les chevaux qui ne prennent pas le temps de mastiquer correctement les aliments, notamment les céréales ou les granulés, qui engendrent une faible production de salive.

Ce phénomène d’obstruction œsophagienne entraîne des difficultés à déglutir, et une salivation abondante après obstruction. L’incapacité des aliments à rejoindre l’estomac s’observera par leur présence au niveau des naseaux, et il y aura donc un risque de passage dans les poumons.
C’est particulièrement observable chez les chevaux dominés qui tentent de manger aussi vite que possible avant d’être chassés par les dominants, mais aussi lors de la distribution de grosses quantités en une fois, lors d’un changement d’alimentation, ou lorsque les mangeoires sont en hauteur.
De cette manière, il est important de privilégier les mangeoires au sol, de surveiller le comportement des chevaux en troupeau, de bien distribuer des petits repas plusieurs fois par jour, ou d’introduire des galets à la ration pour obliger le cheval à prendre des petites bouchées. De plus, ajouter de la paille, du foin ou de la luzerne à la ration permet aussi d’augmenter le temps de mastication et donc de réduire la vitesse de l’ingestion.

L’ESTOMAC

L’estomac est plus petit que les autres compartiments du système digestif (il a un volume total de 15 à 18L). Cela signifie que la quantité d’aliment ingérée lors d’un repas ne doit pas être trop importante. Il est à noter que la vidange de l’estomac est continue.

2018-03-10_08.49.27
Schéma de l’estomac du cheval

A l’entré de cet organe se trouve un petit muscle qui relie l’œsophage à l’estomac, que l’on nomme cardia. Chez le cheval il ne s’ouvre que dans un sens, ce qui empêche le cheval de vomir.

Les cellules des tissus gastriques sécrètent environ 30L d’acide chlorhydrique par jour. L’acidité de l’estomac varie en fonction de l’aliment et de la quantité de salive qui l’accompagne, car celle-ci permet de diminuer le pH. C’est pour cela que le type d’aliment ingéré joue un rôle majeur dans le maintien de l’intégrité physique de l’estomac, puisque sans salive, l’acide contenu dans ce dernier finira à court terme, par léser les cellules de la muqueuse.

Les aliments se positionnent dans l’estomac pour une durée de 2 à 8h, et les plus gros repas sont vidangés plus rapidement que les petits repas.
C’est dans cette organe que s’effectue l’assimilation des fibres, la dégradation de l’amidon, et la prédigestion des protéines (grâce à la pepsine activée par l’acide chlorhydrique). Le foin étant gardé plus longtemps dans le système digestif, il est important de le distribuer avant les granulés ou les céréales.

Attention : L’ingestion d’un repas trop volumineux engendrera inévitablement un afflux important dans le gros intestin et donc un risque élevé de coliques. En revanche, sans consommation régulière d’aliment, l’acidité de l’estomac augmentera, et pourra éventuellement causer des ulcères ou d’autres troubles gastriques particulièrement douloureux.

L’INTESTIN GRELE

L’intestin grêle se découpe en trois grandes parties : le duodénum, le jéjunum, et l’iléon. Il peut mesurer jusqu’à 20m de long. C’est à cet endroit que se réalise la digestion des glucides et des protéines, ainsi que des lipides, grâce au suc pancréatique et aux enzymes intestinales. L’énergie y est libérée, et les nutriments rendus disponibles sont absorbés. L’aliment reste 1 à 2h dans ce compartiment. L’efficacité de la digestion est donc améliorée par la distribution fréquentes de petits repas.
Le cheval ne possède pas de vésicule biliaire, on observe donc aucune régulation de la production des sucs pancréatique (pancréas) et biliaires (foie) en fonction de la prise des repas. Ils sont déversés de manière continue et en petite quantité. C’est pour cette raison que le cheval doit toujours avoir un aliment à travailler dans son appareil digestif. Les enzymes du suc pancréatique permettent la valorisation des glucides et des protéines, tandis que la bile digère les lipides.
L’amidon des aliments concentrés est également digéré dans l’intestin, et est partiellement dégradé en glucose assimilable. Les lipides, eux, sont dégradés en acide gras libres, et en glycérol. Ces nutriments passent dans le sang au niveau de l’intestin grêle, et fournissent l’énergie au cheval.
Quant aux protéines, elles sont dégradées en acides aminés, qui seront utilisés par l’organisme pour synthétiser ses propres protéines.

« Une suralimentation céréalière augmente fortement le taux d’amidon, qui submerge les facultés de digestion enzymatique de l’intestin grêle. Un substrat amylacé trop abondant et dégradable trop rapidement arrive alors dans le colon (gros intestin), ce qui augmente les fermentations microbiennes, diminue le pH, et libère ainsi du gaz, de l’acide lactique, des amines toxiques et des entérotoxines bactériennes. Ces facteurs sont tous des causes de coliques, par spasmes, mal digestion, (de diabète! et donc de fourbure) et surtout altération de la barrière intestinale. Ceci a été prouvé par une étude de Tinker et al en 1997 : pour un cheval, manger plus de 2,5 kg de concentrés par jour multiplie le risque de coliques par 2,2, et plus de 5 kg par 6,3.

[…] Dans la majorité des cas, le foin suffit à couvrir 100% des besoins énergétiques en complémentant avec des oligo-éléments. »

PODOLOGIE EQUINE LIBRE

2018-03-10_08.50.23
Schéma des intestins du cheval

LE GROS INTESTIN

Le gros intestin est composé du cæcum (poche en cul de sac) et du côlon (tube replié en quatre parties de diamètres différents), et est séparé de l’intestin grêle par la valvule iléo-cæcale. Il a une capacité de 125L et est particulièrement riche en micro-organismes.
Le cæcum a une capacité de 40L, et est le lieu de la digestion de la cellulose. C’est la flore intestinale, regroupant plusieurs catégories de micro-organismes, dont la flore cellulolytique, qui va permettre la digestion de la cellulose, contenue dans les végétaux.

Les bactéries constituant la flore intestinale permettent de digérer par fermentation ce qui ne l’a pas été dans les autres composants de l’appareil digestif, à savoir les fibres des glucides pariétaux, l’amidon et les protéines restants. Ces deux derniers sont transformés en acides gras volatils, source d’énergie pour le cheval. Les fibres seront dégradées grâce aux enzymes produites par les micro-organismes intestinaux. Sans eux, la digestion des fibres ne peut avoir lieu. Le maintien de cette flore permet aussi de protéger le cheval contre la prolifération de bactéries pathogènes, puisqu’elles laissent peu de place pour d’autres micro-organismes.
C’est l’étape la plus longue de la digestion, puisqu’elle dure 24 à 48h. C’est également le lieu de l’absorption du phosphore, de la résorption d’eau, et de la synthèse de la vitamine B. Cette flore est sensible aux changements d’alimentation, que ce soit au niveau de la quantité, ou au niveau du contenu. En effet, la flore évolue en fonction des aliments ingérés par le cheval. Plus celle-ci sera variée, plus la flore intestinale le sera aussi. Se limiter à un unique aliment, limitera ses capacités de digestion. Il est donc très important de faire attention à la régularité et à la petite quantité des repas, car la sensibilité des bactéries va influer sur le temps de digestion. Si l’adaptation de ces dernières est trop longue, on a un risque élevé de fourbure, ou de coliques. Tout changement alimentaire doit se faire progressivement afin que la flore ait le temps de s’adapter (on compte en moyenne une semaine d’adaptation).

CONCLUSION ET POINTS A RETENIR SELON LES HARAS NATIONAUX

La flore intestinale présente une sensibilité accrue à tout changement des composants de la ration. En effet, chaque microorganisme est spécifique d’un aliment. De cette manière, il est indispensable de réaliser des transitions alimentaires progressives lors d’un changement de régime, et ainsi permettre l’adaptation de la flore.

La dégradation de l’amidon et des sucres en grande quantité, entraîne la production d’acides gras volatils, qui induit un risque d’acidose, et sont néfastes pour la flore microbienne des intestins. Pour éviter de nuire aux micro-organismes, il faut que les rations riches en amidons, donc les céréales, restent suffisamment longtemps dans l’intestin grêle, pour que ce sucre soit bien dégradé. Pour cela, on va distribuer le fourrage avant les concentrés, et séparer le tout en petits repas.

Enfin, la surconsommation de paille notamment, peut engendrer des coliques suite à la forme du côlon qui favorise ces dernières.

Si on récapitule :

  • Les fibres doivent constituer au minimum 15 à 18% de la ration. Cela correspond à 1 à 1,5% en matière sèche d’aliment du poids vif du cheval, donc environ 6 à 9kg bruts de foin par jour pour un cheval de 500kg.
  • Les rations doivent être fractionnées en plusieurs petits repas dans la journée
  • L’amidon est un facteur de pathologies (comme les coliques etc …). Il est donc important de limiter l’apport de céréales dans la ration.
  • Un changement de régime alimentaire implique au minimum une semaine de transition.

Séléction Web

MINISTRY OF AGRICULTURE, FOOD AND RURAL AFFAIRS (OMAFRA) : Structure et fonction du système digestif des chevaux.

EQUIENSE : Les trois choses à éviter au moment de nourrir son cheval.

Séléction YouTube


SOURCES


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s