Santé

La thermorégulation du cheval en hiver.

« L’organisme peut être représenté comme un noyau central producteur de chaleur (= muscles squelettiques + viscères + système nerveux central) entouré par une enveloppe (la peau) dont la capacité en tant qu’isolant thermique peut varier. La peau échange de la chaleur avec le milieu ambiant et le sens et l’intensité de ces échanges dépendent de la température de l’environnement et du pouvoir d’isolation thermique de la peau. Il existe quatre modalités d’échange de chaleur entre la peau et le milieu environnant : la radiation, la convection, la conduction, et l’évaporation. La thermorégulation représente l’ensemble des processus permettant […] de maintenir sa température interne dans des limites normales quel que soit son niveau métabolique ou la température du milieu ambiant. Elle repose sur un équilibre constant entre les apports et les pertes de chaleur. »

Biologie de la peau


Il est, je pense, capital de connaître et comprendre les différents fonctionnements biologiques, et mécaniques du cheval, pour subvenir correctement à ses besoins. Aujourd’hui on se penche sur les réactions mises en place par l’organisme lors de la chute de la température extérieure.

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Pour que le métabolisme du cheval fonctionne correctement, la température interne du corps doit être d’environ 38°C. Au dessus ou en dessous de celle-ci, les réactions chimiques et biologiques qui permettent le maintient de la bonne santé du cheval sont altérées. Cela signifie donc perte d’état de l’animal.

La zone de confort, ou zone de neutralité thermique du cheval, définie par une température critique haute, et une température critique basse, est une zone dans laquelle l’animal n’a pas besoin de fournir d’énergie pour maintenir sa température corporelle. Elle est fonction de la race, de l’âge, de l’état de santé, de la capacité d’adaptation, et de la consommation d’énergie digestible, mais elle se situe généralement entre 5°C et 25°C pour les chevaux qui ne sont pas tondus, et entre -15°C à 10°C pour les chevaux vivant dans des régions du monde où il fait vraiment froid. Pour les jeunes poulains, cette zone se situe entre 19°C et 36°C, et il est impératif d’apporter tout le nécessaire pour ne pas descendre sous ces températures (abri sec, litière épaisse, sol isolé, et si vraiment les températures sont basses, couverture). Enfin, il est conseillé pour les chevaux tondus, de couvrir et d’apporter davantage de nourriture, dès lors que la température extérieurs tombe sous les 6°C.

Pour éviter que le cheval souffre de la baisse des température, l’organisme met en place plusieurs actions pour garder une constante de 38°C. Mais quelles sont-elles ?

Les chevaux n’ont pas besoin de l’homme pour conserver la chaleur. Ils sont naturellement adaptés au froid, et de manière plus générale, adaptés aux variations de températures qui ont lieu partout dans le monde. Il faut tout de même noter qu’il leur est plus aisé de se réchauffer que de se rafraîchir.

L’adaptation à un nouveau climat nécessite environ 10 à 20 jours quand la température augmente ou diminue d’une quinzaine de degrés. Pour que les mécanismes de thermorégulations soient efficaces, les conditions de vie de l’animal doivent être similaires à celles d’un cheval sauvage. Elles se résument par les mots suivants : mouvement, nourriture, troupeau, et abris.

LES POILS

Les chevaux possèdent une peau épaisse, qui agit comme isolant, et limite donc les échanges thermiques entre l’intérieur et l’extérieur du corps. Les poils quant à eux, isolent plus ou moins bien du froid et de l’humidité en fonction de leur quantité et leur longueur.

Au cours de l’année, on observe deux modifications importantes du poil, qui ont lieu lors des changements de saisons printemps/été à l’automne/hiver, et inversement, grâce au photopériodisme. C’est donc la durée d’ensoleillement qui va, dans un premier temps, enclencher le phénomène de perte ou de pousse du poil, avec la température extérieure bien évidemment.

La piloéréction, elle, permet aux poils de se dresser dans la direction la plus appropriée pour se protéger du vent, de la pluie, et du froid. Elle augmente d’environ 10 à 30% l’épaisseur du poil et donc son isolation, et permet de renfermer plus d’air.

2019-02-19_21.05.04.jpgAfin de se protéger efficacement de la pluie, les poils sont recouverts d’une substance grasse qui empêche la peau d’être mouillée, puisque celle-ci fait glisser l’eau. Cependant elle a des limites, car si la pluie est trop violente, la peau sera quand même humide. On observe que le brossage régulier des poils facilite la piloérection, mais décolle cette substance. On notera que la boue et la neige sont de bons protecteurs, et limitent les échanges thermiques.

LA VASOCONSTRICTION

Le phénomène de vasoconstriction (rétrécissement des vaisseaux sanguins) et vasodilatation joue aussi un rôle dans la thermorégulation du cheval. La vasoconstriction, en diminuant l’apport de sang aux extrémités pour le concentrer autour des organes vitaux, permet de faire perdre jusqu’à 1,7°C aux extrémités, et ainsi éviter une nécrose des tissus qui sont exposés au froid. Cela permet aussi de bien garder au chaud les organes qui en ont le plus besoin. On observe ce phénomène quand les chevaux ont les pieds dans la neige par exemple. Grâce à cela, la température de la peau s’apparente à celle de l’extérieur.

LES TISSUS GRAS

La graisse constitue une bonne réserve d’énergie, mais elle est également 3 fois plus isolante que le reste des tissus. En effet, les tissus adipeux possèdent une faible conductivité thermique et une faible irrigation sanguine (= pas d’échanges thermiques). La production de graisse s’effectue naturellement en automne (+20% du poids de base), et se répercute sur la qualité et la quantité des poils. S’ils sont trop long à cette période de l’année, cela peut signifier que le cheval n’arrive pas à se garder en état dès les baisses légères de température. Il faut donc se renseigner auprès de professionnels sur la meilleure façon de l’aider à passer l’hiver, et/ou diagnostiquer un éventuel problème de santé.

L’ALIMENTATION

L’alimentation joue un rôle capital dans le maintien de la température interne. Non seulement c’est une source d’énergie permettant de produire de la chaleur, mais l’action même de se nourrir en produit également.

L’apport de foin à volonté est indispensable, surtout lors de fortes variations de tbarn-1300363_1280empérature, d’autant plus que la digestion des fibres est plus longue. On considère que les besoins énergétiques augmentent de 0,2 à 2,5% par degré inférieur à la température interne, et de 2,5% minimum par degré, à partir de -15°C. On rappelle qu’en règle générale, les chevaux mangent 2 à 2,5% de leur poids par jours, soit environ 12 à 15kg pour un cheval de 600kg lors de températures avoisinant celles de la zone de confort. Il faut donc impérativement fournir du foin de qualité, pour qu’il puisse être digéré facilement, et ainsi éviter un effort supplémentaire lors de la digestion (cela entraînerait une consommation excessive d’énergie par rapport à la valeur énergétique du foin). De plus, un foin peu digestible, sans eau, peut provoquer des coliques.

A noter : Le système neuro-endocrinien permet la libération de l’adrénaline et de la noradrénaline par les glandes surrénales pour mobiliser le glycogène, source d’énergie obtenue en partie après la digestion.

LA MORPHOLOGIE ET LES CHANGEMENTS D’HABITUDE

Les petits chevaux, plus lourds et plus gros, possèdent des extrémités plus courtes, et des poils plus longs. Ils ont également une peau plus épaisse (les vaisseaux sanguins ne sont pas apparents), et plus de tissus gras répartis uniformément sur le corps. Ils produisent généralement un effort modéré lors de leurs actions, et supportent donc mieux le froid.

Les grands chevaux, mieux adaptés à la chaleur, ont des extrémités plus longues, possèdent moins de poils et de crins, et ont une peau fine (vaisseaux sanguins apparents). Ils sont plus difficile à engraisser, et produisent un effort plus rapide à partir du glycogène.

La mise au box empêche l’entretien des muscles qui permettent la piloérection. A terme, ils sont atrophiés. De plus, ce mode de vie n’engendre pas de dilatation ou de rétractation des vaisseaux sanguins et des capillaires. Il ne permet pas non plus l’activation des glandes sudoripares. Et les chevaux ne font pas de graisse. Du coup, si ils sont exposés soudainement au froid, ils se retrouvent dans l’incapacité de réguler leur température corporelle. On a une rupture des processus métaboliques suite à la chute de la température interne. De ce fait, on observe un impact sur les taux de lymphocytes et d’anticorps, soit une diminution de l’efficacité du système immunitaire. Par conséquent, le cheval s’expose à de nombreuses infections. On observe même du stress quand l’animal est privé des conditions de vie naturelles de ses homologues sauvages.

Dehors, les chevaux peuvent changer de position, et orienter leur corps en fonction du soleil pour emmagasiner de la chaleur. Ils favorisent même cette activité plutôt que celle de se nourrir quand le soleil montre le bout de son nez.

Quand la météo est mauvaise, les chevaux ont la tête basse et la queue face au vent ou à la pluie, pour protéger les oreilles, l’encolure, la tête et les yeux. Les poils courts de la queue repoussent la neige et la pluie, et protègent donc les postérieurs.

La présence d’un abris permet d’économiser 20 à 25% d’énergie. Les chevaux sont au sec, protégés du vent, et peuvent s’y coucher pour limiter leur consommation d’énergie. Idéalement il a une profondeur de 8m et une surface de 7,5 à 9m². On favorisera une litière de paille, qui garde bien la chaleur.

Le cheval a froid s’il manque de nourriture, qu’il n’a pas d’abri, ou que le temps est vraiment humide.

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L’ACTIVITE MUSCULAIRE

Les tremblements permettent de générer de la chaleur rapidement, grâce à la lyse de l’ATP des muscles, ainsi que des acides gras. On peut grâce à cela, multiplier par 4 ou 5 les réactions métaboliques. On parle d’exercice type aérobie, qui peut durer dans le temps, contrairement à un exercice type anaérobie (effort fourni lors du travail), qui lui, permet une augmentation rapide et intense de la chaleur, mais sur une courte durée. En effet ce genre d’exercice multiplie par 25 les réactions métaboliques, mais la production d’acide lactique par le muscle consomme énormément d’énergie, et fatigue beaucoup ce dernier. C’est cet acide qui est à l’origine des crampes, ou des sensations de brûlure lorsque l’effort est trop important. Or le cheval a besoin d’énergie pour se réchauffer. Il faut donc réduire l’intensité de son activité physique pendant l’hiver.

Le cheval aura également plus tendance à dormir debout en hiver, afin de conserver une activité musculaire, et donc une production de chaleur continue, calquée sur le même mode de consommation d’énergie que le tremblement.

Enfin, la diminution du rythme respiratoire permet de réduire la perte de calorie par évaporation.

TONTE, COUVERTURES, ET EXERCICES

Après une bonne séance de travail, le cheval aura de grandes chances d’en ressortir tout transpirant. Il faut donc prêter une attention particulière à l’endroit où on va se placer, et aux gestes à avoir pour éviter les dérèglements thermiques.

Dans les endroits clos, l’air ne circule pas, la transpiration mettra donc plus de temps à sécher, et par conséquent, la peau en mettra tout autant à se rafraîchir. Le cheval fini par avoir trop chaud, ce qui cause des désordres internes conduisant à des maladies et/ou des infections qui à terme, impactent la zone thermique de confort.

Si le cheval n’est pas tondu, mais qu’il a fourni un effort, et qu’il a transpiré, il est conseillé de ne pas le remettre au box immédiatement, mais bien de le positionner dans une zone aérée pour éviter un deuxième effet de chaleur. On peut utiliser une couverture séchante, mais bien veiller à la laisser temporairement, car elle a pour unique but de capturer l’eau. Il ne faut pas couvrir après avoir frotté les poils avec de la paille, car cette action réactive les muscles pour permettre un refroidissement rapide.

2019-02-19_21.07.13.jpgLa tonte empêche le bon fonctionnement de la thermorégulation puisqu’on prive le cheval de ses poils, dont l’importance a été évoquée plus haut. Cependant, elle permet d’augmenter le temps de séchage de l’animal après une séance de travail intense quand celui-ci vit au box.

Couvrir peut aussi causer des désordres métaboliques. En effet, l’animal va tenter de réchauffer les parties exposées, mais de ce fait, réchauffe également les parties du corps couvertes. Cela provoque alors une activation des glandes sudoripares, donc transpiration sous la couverture, donc impact sur le métabolisme.

Pour conclure, il faut bien réfléchir avant de se lancer dans la tonte de son compagnon, et non pas être motivé par un effet de mode. Il faut prendre en compte tous les paramètres étudiés ci-dessus, afin de choisir le mode de vie le plus adapté à votre cheval, en fonction de son activité physique, de son état de santé, et de ses caractéristiques.

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